Les secours sont à la recherche d’une nouvelle embarcation, en provenance d’Afrique. On ignore encore le nombre de passagers. Quelques dizaines, probablement.
En lisant ce titre dans la presse régionale, j’ai, une fois encore, du mal à comprendre pourquoi, ces hommes et ces femmes s’obstinent à risquer leurs vies dans ces voyages sans espoir, sachant qu’à l’arrivée ils ne seront considérés que comme des sans papier, donc sans droits, et rejetés par notre civilisation de la même façon que par leurs gouvernements.
Que faire pour les aider ?
Ceux qui fuient la famine ont une chance. Mais ceux qui fuient un régime politique, aucun !
Alors pourquoi ?
Leurs éducations sont différentes de la nôtre. Leurs façons de vivre aussi.
A l’époque coloniale, nos ancêtres les considéraient comme des sauvages.
Eux nous tuaient avec des machettes, nous nous les tuions avec des fusils. C’est pour cela que, nous les civilisés, avons gagnés la guerre, donc leurs terres.
Pour en revenir à l’embarcation venue d’Afrique, les secours l’ont facilement retrouvée mais tous ses passagers étaient morts noyés. Il y avait même une mère famille, serrant encore dans ses bras un bébé tout en étant attachée à deux autres enfants de 5 et 8 ans pour ne pas les perdre durant ce voyage.
Comme à chaque fois je suis écœuré par ces informations contre les quelles mon métier d’inspecteur de police ne peut rien faire. Pourtant, une fois de plus, j’appelle mon commissaire pour obtenir une semaine de vacances de plus pour enquêter dans le village où je suis né et qui est surtout le port d’attache des bateaux de secouristes. J’espère une fois encore découvrir des informations parmi les émigrés qui débarquent, et surtout de savoir comment ils ont pu se retrouver dans ces barques pourries.
Bien entendu je n’ai aucune réponse, mais cette fois, un des serveurs du restaurant où je déjeune, s’approche de moi et me dit qu’il a entendu ma conversation avec mon ami d’enfance le restaurateur et que, si je le souhaite, il pourra me donner ces informations, car bien que venu d’Afrique lui aussi, il est arrivé en France ainsi d’une façon légale et a même pu faire venir sa famille.
Il était marin, m’explique-t-il, et tout l’équipage dont il faisait partie savaient que ces voyages étaient sans espoirs et servaient simplement à des assassins à prendre de l’argent à des hommes et femmes désespérés. Il m’apprend aussi que leur façon d’agir est relativement simple car les émigrés sont entassés dans une petite embarcation, moyennant finance, que l’embarcation est détruite en pleine mer par leurs soi-disant accompagnateurs avant leurs arrivées à destination. Ce qui fait que tous les émigrés meurent noyés, les empêchant ainsi de dénoncer les assassins.
Troublé par l’histoire que vient de me raconter le serveur du restaurant je détaille toutes les personnes pouvant être un des organisateurs de ces voyages. Une Africaine retient mon attention de policier. Elle peut correspondre à l’image que je me suis faite de ces organisateurs des voyages meurtriers. J’interroge le restaurateur, qui est comme beaucoup d’autres dans ce village un de mes amis d’enfance, sur ce qu’ils savent d’elle. Mais tous me répondent « LA PRINCESSE ? » et, pour eux, tout est dit !
J’essaie bien entendu d’avoir plus d’explication, mais la réponse de mes amis est toujours la même : « un jour elle est arrivée dans notre village en limousine et habite chez un pêcheur, venu d’Afrique comme et installé dans la région depuis longtemps. »
Une princesse Africaine en vacances en Bretagne. Quoi de plus normal. Elle habite et se repose chez un ami pêcheur, lui-même fils de colon en Namibie, ce qui leur permet d’utiliser la même langue. Pratique dans nos régions où le français reste le seul langage utilisé, car même les patois régionaux sont peu employés, pour ne pas dire inconnus à la plupart des habitants, moi compris, bien qu’originaire de cette région par mes grands-parents.
Ils ne ramènent pas grand-chose de leurs sorties de pêche. Mais quelle importance.
Un soir je l’aperçois qui revient d’une partie de pêche. Elle est superbe, c’est vrai, a de l’allure et sourit quand elle croise un habitant du village. Quant elle dîne au restaurant, il y a toujours une table prête pour elle, et son menu préféré est servi sans qu’elle le commande.
Mon désir de policier est de devenir un proche ou, mieux, un ami.
Comment me présenter ? Un ancien colon ? Mais je ne connais pas la Namibie. D’un autre pays Africain alors ? Mais je ne suis jamais allé en Afrique et n’aie aucune envie d’y aller.
Le mieux reste mon statut d’autochtone, ce que je suis, grâce à la ferme de mes grands parents où j’habite durant mes séjours. Ma profession de policier a aussi un avantage, car quoi de mieux qu’être l’amie d’un policier quand on risque d’avoir besoin de la police.
Je fréquente donc le même restaurant qu’elle et demande au propriétaire, un ami d’enfance de m’installer systématiquement à une table à côté de la sienne et, bien entendu, de me servir le même plat qu’elle. Naturellement elle s’en rend compte et me demande si j’ai aussi vécu dans son pays. Devant ma réponse négative elle me demande pourquoi je prends le même plat qu’elle ? Bien entendu je lui réponds que c’est parce qu’il me paraissait très bon, ce qui est effectivement le cas. En guise de réponse, j’ai droit à un sourire. Voilà ! J’ai donc accompli la première partie de ma mission.
Ensuite je lui demande de me parler son pays, ce qu’elle fait avec passion.
Autre question : Pourquoi avoir choisi ce village et surtout ce pêcheur pour vos parties de pêches ? Là aussi la réponse est imparable : Ma famille travaillait pour eux et nous nous connaissons depuis notre enfance C’est comme ça que j’ai eu son adresse, et maintenant il travaille pour moi … Enfin si l’on peut appeler çà, travailler !
J’ai toute mes réponses, mon commissaire sera content.
Mais moi, non ! Comment est-elle aussi riche ? Et surtout, Pourquoi l’afficher aussi officiellement ?
J’en parle à mes amis d’enfance !
Ils l’ignorent mais ne veulent rien savoir du moment qu’elle paie bien.
Plus tard, durant un dîner, je la regarde, souriant à mon tour. Elle me rend mon sourire et enchaîne, pour répondre à ma question de la veille, que, dans mon pays il y a eu des révoltes contre les colons qui, soi-disant les traitaient comme des esclaves. Du coup, c’est eux, les colons, qui sont devenus nos esclaves et maintenant nous vivons, comme eux avant, grâce à leur travail … Et j’en profite !
Du reste, si un jour, vous voulez venir pêcher avec nous ?
Merci, mais je ne cuisine pas.
Dommage.
Quelques jours plus tard, par hasard, je surprends une conversation de son ami pêcheur au téléphone.
En pleine mer, son bateau de pêche, soi-disant envoyé par le navire de secours, a rejoint le bateau des émigrés et demandé à l’organisatrice de ce voyage de monter dans son bateau pour venir guider le navire de secours vers eux. Elle explique alors aux émigrés qu’ils n’ont maintenant plus rien à craindre, et elle embarque dans l’autre embarcation. Mais avant de partir, elle demande aux émigrés, comme c’était prévu, de payer leur voyage maintenant pour qu’elle puisse le donner aux secours. Mais dès qu’elle monte dans l’autre embarcation, celle des émigrés explose, et personne ne survie.
Cela pourrait être explication. Aussi, après un autre échange de sourires, nous continuons à dîner, sans chercher d’autre sujet pour alimenter notre fausse conversation.
Mais à la fin du repas je vais voir le propriétaire du restaurant lui demandant s’il accepterait d’organiser un diner chez moi. Bien entendu il accepte ce qui me permets de répondre à Princesse qu’effectivement je serais très heureux d’aller pêcher pour faire une bouillabaisse chez moi, avec l’aide du restaurateur bien sûr, ce qui me permettrais d’inviter tous mes amis, et les siens naturellement, à dîner. Elle me regarde en souriant avant de répondre : Mais nous sommes Bretagne. Une bouillabaisse, ce n’est pas un plat de la région. J’avais déjà prévu ma réponse, à avoir que ma grand-mère maternelle était née dans le sud de la France où ce plat était très apprécié. Elle hoche la tête pour me dire qu’elle comprenait et confirmer son accord. Nous choisissons donc une date qui nous convienne à tous les deux. Mon problème est maintenant d’organiser ce dîner chez moi. Cela reste dans mes possibilités grâce à l’aide de mon ami le restaurateur, même si la ferme de mes grands-parents n’est pas très grande. Mais son authenticité devrait suffire à la convaincre que je suis vraiment de la région.
Ma première réaction est évidemment de demander au pêcheur qui l’accompagne dans ses sorties en mer s’il peut s’occuper de nous approvisionner pour notre bouillabaisse mais il décline mon offre sous prétexte qu’il a déjà un accord d’exclusivité avec un commerçant de la région parisienne et qu’accepter ma proposition lui ferait perdre ce contrat. Difficile de mettre en doute sa réponse, mais le ton de son affirmation sonne faux et, je lui montre ma carte de policier le menaçant de demander à mon commissariat de vérifier l’authenticité de sa réponse. Bien entendu il avoue avoir menti parce sa famille est prisonnière de ses amis qui menacent de les tuer si elle ne fait pas tout ce qu’elle exige. J’accepte de ne rien dire s’il continue à agir comme maintenant avec elle, et je reviens vers mon ami d’enfance, le restaurateur de s’occuper d’organiser cette bouillabaisse, moyennant finances, sachant pourtant que ces dépenses seront difficilement acceptées par mes supérieurs.
Mais la fin justifiant les moyens mes supérieurs me félicitent et m’encouragent à continuer les recherches, même si, officiellement, je suis en vacances dans la maison de mes Grands Parents.