Je suis né à la campagne, dans un petit village où mon père était « le gendarme » et ma mère
« l’institutrice ». Ils étaient aimés et respectés par tous les villageois. Grâce à eux, j’ai eu une enfance
agréable, pour ne pas dire merveilleuse, entouré de villageois qui étaient tous nos amis, donc toujours
prêts à m’aider et me conseiller si nécessaire. Même les enfants de mon âge me demandaient conseil,
sachant que j’étais, comme pour leurs parents, le représentant d’une famille qui protégeait les habitants
de notre village. Aussi à dix-huit ans, j’ai eu envie, moi aussi, de devenir gendarme, pour maintenir
cette atmosphère dans le village où je serai amené à vivre, si possible celui-là. Mon autre possibilité
était d’être instituteur comme ma mère, mais les études nécessaires pour être instituteur ne m’attiraient
pas, et surtout, m’auraient éloignées de ce paradis familial.
Mais très vite j’ai compris que la formation que je recevais comme futur gendarme n’avait rien à voir
avec celle qu’avait eu mon père, même si la première chose que l’on nous apprenait était que nous
étions, comme aux siècles passés, l’équivalant des chevaliers au service du roi. Mais, ce que l’on
oubliait de nous dire, c’est qu’à l’époque, le roi protégeait son peuple, alors qu’aujourd’hui nos
Présidents pensent plus à leurs réélections qu’au bien-être de la population. Du coup notre principale
mission était de sanctionner plutôt que de protéger et le premier conseil que l’on nous donnait était :
« comme vos adversaires sont armés, n’hésitez pas à tirer les premiers, puisqu’il s’agira, toujours pour
vous, de légitime défense. »
Bien entendu je demandais à annuler ma candidature, mais la réponse fut sans appel : « En vous
engageant vous avez signé un contrat de dix ans, voire plus, il vous est donc impossible de
l’annuler ! »
C’est pourquoi aujourd’hui je suis flic !
Mais un flic de base. Celui qui doit obéir sans chercher à comprendre.
Désespéré je cherchais toutes les solutions pour trouver un moyen pour ne pas devenir un tueur au
service de nos dirigeants et, en désespoir de cause, je finis par aller voir un ami d’enfance devenu
maire du village où nous avions grandi pour qu’il fasse la demande d’un policier en charge de son
village et si possible quelqu’un qui connaisse bien sa population, c’est à dire moi, puisque comme lui,
j’en suis originaire. Mais là aussi la réponse est négative car un policier n’est pas fait pour s’occuper
du bien être de la population mais au contraire de la sanctionner quand c’est nécessaire. Je regrettais
donc ma demande et m’en excusais auprès du maire qui, au contraire de moi, s’attendait à ce genre de
réponse. Sans autre solution je décidais donc d’aller au bout de mon engagement mais en changeant la
fonction officielle. C’est ainsi que je suis devenu comme ceux qui comme moi avaient été trompés par
le gouvernement « infirmier, cuisinier, mécanicien, chauffeur, et tout ce qui peut être nécessaire à la
vie journalière d’une caserne, puisqu’un policier, ou plus exactement un flic, vit comme les militaires
dans une caserne pour rester disponibles jour et nuit.
Bien entendu au bout des huit ans d’engagement comme flic j’ai donné ma démission, et j’ai fini ma
vie comme mécanicien et chauffeur pour les habitants du village de mon enfance.